Le football de mon quartier
Le football de mon quartier
J’ai 9 ans et dans mon quartier y a une placette. Je joue au foot avec mes copains.
Sur cette placette il y a un bar d’où les grands jettent un coup d’œil sur nous, un monument « aux morts » d’où les glorieux anciens observent sagement, la poissonnière qui a compris que seul le hasard a permis de protéger son étal et la porte d’entrée du cabinet de l’infirmière oubliée de ce même hasard.
Nos parents ne sont pas là. Pas d’entraineur ou d’élus comme tel. Pas de supporters, ou à tout le moins les « Grands » qui se marrent, les « anciens » qui se reposent, la poissonnière qui vend et l’infirmière qui prie pour sa porte.
Nous on joue, 2 contre 2, 3 contre 3, 4 contre 4, sans règle, si ce n’est celle de dribbler, de passer, de tirer et surtout de marquer. D’autant qu’il y a toujours un goal « volant » qui n’a pas de plan de vol, ça aide.
Pas de pelouse, pas de synthétique mais du ciment et du bitume. Mais on s’en fout, pourvu qu’on ait un ballon. Pas toujours un vrai, mais on s’en fout pourvu qu’on marque.
Les matchs sont endiablés, acharnés, on joue, on joue et on joue encore. Pas de durée précise, mais on sait qu’il faudra renter bientôt. D’ailleurs, y a pas d’arbitre pour siffler la fin. Mais les anciens dorment, les grands passent à l’apéro, la poissonnière renferme l’étal et l’infirmière remercie le seigneur pour sa porte.
Ca y est, on a gagné ou on a perdu, on en parlera demain à l’école. Mais on s’en fout, demain on remettra ça.
Quand je serais grand, je m’occuperai d’enfants du même âge qui n’auront plus de quartier avec une placette. Alors on aura un club, des entraineurs, un terrain, un vrai ballon, un arbitre et des supporters. Et puis on gagnera et on perdra.
Mais, je me demande si on s’en foutra, si on en parlera à l’école et si on remettra ça.
Alors, moi, quand je serai grand, je ferai jouer les enfants comme dans mon quartier parce que ce qui compte c’est qu’on s’amuse et qu’on remette ça le lendemain, que les anciens se reposent, que les grands se marrent, que la poissonnière vende et que l’infirmière prie !
Cricr le 17/01/11. |